Lettre ouverte
Lettre ouverte du Gerpla au Champ Social
Actuellement les lieux d’accueil et de vie se trouvent à une croisée de leur toute nouvelle existence. Ainsi les décrets d’application de la loi de rénovation sociale de janvier 2002, loi reconnaissant enfin cette existence; et cette spécificité dans le champ social,
fruit de plusieurs années de discussions (un collectif d’association, de permanent de L.V.A représentatifs de toutes les sensibilités de l’accueil) avec les différents ministères concernés, ces décrets remettent-ils en cause les fondements même de l’esprit des L.V.A ?
En tant que GERPLA, nous nous sommes toujours situés dans un travail de recherche basé sur la diversité des projets, des pratiques en LIEUX DE VIE et D'ACCUEIL (LVA), en ayant pour objectif principal d'approfondir la notion de "vivre avec" dans sa complexité, qui lie en permanence vie professionnelle et vie privée, accompagnement éducatif et/ou thérapeutique et partage de vie.
Cela a permis également de mieux définir et affirmer notre place dans le champ social.
Dès notre origine, nous avons revendiqué une inscription dans un cadre légal.
D'autre part, il n’a jamais été important pour nous d’aller "vendre" à l’extérieur notre image. Néanmoins les différentes productions que nous avons écrites, les réflexions menées dans le cadre de nos rencontres, les nombreux contacts que nous avons pu avoir avec différents partenaires, ont démontré que nous étions des acteurs du champ social avec lesquels il est possible de travailler en partenariat.
Dés 1989 nous avons mené avec, les ministères de la Justice, de la Santé et de l’Action Sociale une action afin de recenser les différents lieux et pratiques de ceux-ci sur le territoire national.
A partir de la question du sens , qui est à l'origine des réflexions et des recherches du GERPLA, nous avons élaboré un texte de référence qui développe et clarifie les aspects éthiques et déontologiques contenus dans les dix points de la charte de notre association.
Dans l'article 3 de cette dernière, il est précisé: "Petit effectif conférant aux lieux d'accueil un caractère spécifique, permettant à la fois la prise en charge globale et individualisée des accueillis. Nombre inférieur à 10".
Or, certaines structures n'entrent plus dans le cadre des lieux d'accueil et de vie définie par le décret n° 2004-1444 du 23/12/2005 de la loi du 2 janvier 2002 :
L'article D.316-1.-II mentionne: "Le lieu de vie et d'accueil est géré par une personne physique ou morale autorisée à accueillir AU MOINS TROIS et au plus sept personnes".
En effet, si la limitation maximum du nombre de personnes accueillies contribue à garantir l'accompagnement individualisé que nous revendiquons, nous ne comprenons pas ce qui justifie l'obligation d'accueillir un minimum de trois personnes.
A moins qu'il y est en cela une volonté totalement arbitraire de distinguer physiquement un LVA d'une famille d'accueil ?
En cohérence avec leur projet, certains lieux accueillent une ou deux personnes de manière parfois continue, temporaire, ou en alternance avec d'autres structures. Ces lieux fonctionnent pour certains, depuis une vingtaine d'années avec un agrément de leur département d'implantation, ce qui démontre qu'ils répondent bien à des besoins constants, voir croissants.
Par ailleurs, un débat sur la RESIDENTIALITE des permanents a eu lieu lorsque certains créateurs de projets ont interpellé le GERPLA sur leurs spécificités. Nous en avons conclu que ce terme ne représentait pas le socle commun des LVA, nous préférons mettre l'accent sur l'accompagnement
individualisé et le partage de la vie quotidienne comme l'indique notre charte depuis 1987 en favorisant la création de nouveaux LVA, innovants par le contenu et la singularité de leurs projets afin de mieux répondre à la diversité des besoins.
Pour nous, un lieu d’accueil peut être non résidentiel, accueillant moins de trois personnes en difficulté, être itinérant (s'adressant souvent à des jeunes enfermés dans l'errance) avec des séjours en bateau, à l’étranger, accueillant des mineurs et/ou des majeurs, être sous le statut de travailleur indépendant, associatif, en scoop...etc. Peu importe la forme si le projet est pensé, construit pour aider des personnes en souffrance à mieux se situer dans notre société, les aidant à se ressourcer et se construire dans un cheminement moins douloureux et émancipateur.
A chaque fois que les pouvoirs publics nous ont interpellés, nous avons eu pour impératif de travailler collectivement avec les autres groupements de lieux d’accueil, refusant cette situation de monopole que les administrations veulent souvent attribuer à une association, un regroupement, un mouvement, laissant les différentes tendances se déliter, afin de n’avoir qu’une seule
version de la réalité et plus qu'un seul interlocuteur.
C’est ainsi qu’est né le collectif, regroupant les diverses associations de LVA, pour prendre langue avec les ministères, afin de trouver un cadre législatif qui soit au plus près de la réalité de nos pratiques englobant toutes les spécificités des LVA. Le vide juridique dans lequel nous nous trouvions, ne nous permettait pas de travailler sereinement.
Le travail du collectif nous a permis d’arriver à la loi de décembre 2002 qui, bien que parlant de spécificité des lieux, nous entraîne vers une perte de sens de nos structures, comme nous l'avons déjà évoqué plus haut. Nous assistons ainsi à un glissement de notre reconnaissance vers une amélioration du statut d’assistantes maternelles, quand à l’autonomie. Ceci dans la ligne du rapport du commissariat général au plan de décembre 2002.
Dans la mouvance de l'après 68, des néo-ruraux créeront des lieux de vie dans un esprit de tendance libertaire, marginale, tandis que des travailleurs généralement issus des secteurs sociaux, médicaux, éducatifs, en rupture d'institutions (héritiers de Deligny, Mannoni), en opposition aux lieux d'enfermement et en alternative aux lieux de soins, ont créé des lieux d'accueil en complémentarité des institutions, mouvance dont le GERPLA est issu.
Depuis quelques années, apparaissent des personnes, créatrices de LVA issues de catégories socioprofessionnelles n’ayant aucun vécu dans le secteur social, ce mouvement étant du à des situations économiques locales, ou nationales difficiles, à des rencontres fortuites.
On voit apparaître de plus en plus dans diverses revues, certains discours exprimant uniquement le "bon sens" pour vivre avec les accueillis, pouvant faire croire que nous ne faisons pas spécifiquement de travail éducatif et encore moins thérapeutique, mais de l'accueil, tout simplement, à dimension familiale.(cf.) Un extrait du rapport de la cour des comptes sur la P.J.J : "Le secteur conventionné se compose essentiellement, mais non exclusivement, de "lieux de vie" offrant une activité spécifique, dont l’objet est de dépayser le jeune et de lui apporter un mode de vie et un encadrement de type familial : la formule s’adresse donc prioritairement à des jeunes pour qui les placements en foyer ont été un échec, qui supportent mal les structures d’hébergement traditionnelles, qui ont besoin d’être éloignés de leur milieu d’origine ou encore
pour qui des solutions de transition vers un apprentissage de l’autonomie sont recherchées."
Ainsi donc lorsqu'ils travaillent avec la PJJ dans le cadre de l'ordonnance de 45, les LVA accueillent la plupart du temps des adolescents multirécidivistes; lorsqu'ils travaillent pour les services de l'Aide Sociale à l' Enfance, ce sont souvent des enfants et des adolescents en très grande souffrance, psychotiques , "états limites", qui ne peuvent être scolarisés ou qui suivent des scolarités très chaotiques, qui demandent de fréquents aménagements, des recherches toujours nouvelles de solutions plus adaptées.
La plupart de ces jeunes ont un point commun, ils ne parviennent pas à évoluer de façon positive dans une collectivité plus importante et finissent par en être exclus car trop perturbés et/ou trop perturbateurs. Notre place est spécifique et reconnue de la très grande majorité des professionnels; pour parvenir à travailler avec ces jeunes ayant des besoins caractérisés, nous devons avoir les moyens humains et les moyens matériels de faire évoluer en permanence notre projet en fonction des nécessités et des problématiques des jeunes accueillis, du contexte et aussi pour éviter l'usure des permanents, qui même s'ils sont motivés et endurants, n'en restent pas moins des êtres humains qui, pour continuer à être performants doivent pouvoir se ressourcer !.
Ces paramètres humains ne se retrouvent dans aucun des décrets: il semble admis que les lieux de vie peuvent "tourner" pendant 365 jours et nuits par an, avec deux permanents qui prennent en charge 6 jeunes et qui ne sont jamais malades, jamais en congés, jamais en formation, n'ont aucune vie privée et sont inusables.
Notre spécificité peut se manifester aussi par l'accueil des parents (mineurs ou adultes) avec leurs enfants Ces familles sont orientées sur les lieux d'accueil pour différentes problématiques : accueil d'urgence, crise dans la relation parent-enfant, reprise de lien, parentalité adolescente.
Nos petites structures peuvent offrir un accueil chaleureux, contenant et sécurisant. Le partage du quotidien permet aux permanents de tirer partie de toute situation pour amener les parents et enfants à s'impliquer, trouver des repères et s'exprimer. Cette vie collective permet également à ces familles qui vivaient souvent repliées sur elles-mêmes, ayant peu d'échanges avec l'extérieur, de se confronter à d'autres. Il y a ainsi dans cette ouverture et ce changement de contexte, la possibilité de reprendre du lien social et amener une distanciation entre parents et enfants, favorable à un apaisement et donc au dialogue.
Les L.V.A. repérés pour l'accueil parents-enfants sont submergés de demandes des travailleurs sociaux. Ceux-ci voient en effet dans la spécificité du contexte de l'accompagnement un moyen complémentaire de soutien à la parentalité et de lien social.
Différents départements acceptent aujourd'hui de financer le prix de journée des familles, quels que soient l'âge des parents et des enfants.
L’idéologie actuelle prônant la libéralisation des services, et la privatisation du secteur public, est aussi un facteur de perte de sens des lieux d’accueil. Ainsi les départements ont-ils intérêt à "améliorer " le statut des assistantes maternelles, en leur proposant de devenir des lieux, ceci afin de ne plus avoir à gérer les salaires, et les 35 heures et les congés payés, et les RTT et tous les soucis, ces permanents se satisfaisant de prix de journées qui nous semblent insuffisants, mais qui représentent pour eux une amélioration de leurs conditions sociales et économiques.
Dans le projet actuel sur la tarification, nous assistons ainsi à un retour conséquent sur des acquis précédents : prix de journée plafond ne prenant même pas en compte les bases salariales du droit du travail, et nous ne parlons même pas des conventions de 51 ou de 66, rajout de l’argent de poche, de vêture dans ce prix de journée, et pourquoi ne pas financer le déplacement des référents d’un accueilli quand celui-ci se rend sur le lieu ?
Revendiquant depuis son origine une reconnaissance de notre profession, il nous semble donc normal de pouvoir dans notre travail de "dentelle", disposer des moyens nécessaires pour fonctionner et notamment financiers. Peut-on de nos jours encore accompagner des personnes accueillies à leurs différents rendez-vous, ou en vacances, avec des véhicules non conformes aux règles de sécurité ?
Le fait de vouloir négocier avec la DGAS par petits paquets, a sans nul doute contribué à faire oublier le sens de la revendication des lieux. Ainsi l’autonomie du lieu, de son projet global, éducatif et sa traduction financière, tout en acceptant la mise en place d'un contrôle de nos actions par un organisme indépendant a été oublié, ceci sans doute par pragmatisme et par manque de vision politique de la réalité des lieux.
Le GERPLA, conscient des enjeux actuels, travaille donc actuellement sur un programme de formation de permanents de lieu, par compagnonnage, sur la pratique de réseau avec les institutions, bref sur notre spécificité de lieu d’accueil et du sens que nous mettons en place quand nous accueillons une personne en difficulté sociale et/ou psychique.
Gerpla : le Roucous
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